On m'avait préparée aux prix. On m'avait préparée au bruit, à la foule, aux trottoirs qu'on dit sales. On m'avait préparée à Times Square et au Pont de Brooklyn et à cette odeur de bretzel qui flotte partout, paraît-il. On m'avait donné des listes: les restaurants, les quartiers, les « immanquables ». Ce qu'on ne m'avait pas dit, c'est que rien de tout cela n'avait vraiment d'importance.
Je me souviens de ma première heure à Manhattan. J'avais répété le trajet depuis JFK dans ma tête, mémorisé le plan du métro, prévu chaque correspondance. Et puis je suis sortie de la station, valise à la main, et la ville m'a regardée.
C'est difficile à expliquer à quelqu'un qui n'y est jamais allé. Ce n'est pas la hauteur des immeubles, ni le nombre de gens, ni le bruit des klaxons. C'est autre chose. Quelque chose qui vous dit, très calmement: Ici, tu vas devoir te réinventer.
Ce que l'argent signifie vraiment
Oui, New York est chère. Mais pas de la façon dont on vous l'explique.
On vous dira qu'un café coûte six dollars, qu'un sandwich en coûte quinze, qu'une nuit d'hôtel peut facilement dépasser les trois cents. Et c'est vrai. Mais ce n'est pas là que l'argent vous surprendra.
L'argent, à New York, se dépense différemment. Il s'écoule. Pas en grosses sommes dramatiques, mais en petits ruisseaux constants. Le pourboire au serveur. Le pourboire au chauffeur. Le pourboire au barman qui vous a simplement ouvert une bière. L'ESTA que vous avez payé quarante dollars parce que c'est le nouveau tarif depuis septembre. La taxe qui s'ajoute à tout, partout, toujours en plus du prix affiché.
Ce qui m'a le plus déstabilisée, ce n'est pas de dépenser plus que prévu. C'est de comprendre que l'argent, ici, obéit à d'autres règles. Que le pourboire n'est pas un geste de générosité mais une partie du salaire de quelqu'un. Que contester cette règle, c'est contester un système entier que vous ne comprenez pas encore.
Prévoyez plus. Pas pour le luxe, mais pour la dignité de participer à cette ville sans vous sentir constamment en décalage.
La fameuse « rudesse » new-yorkaise
Les Parisiens passent pour impolis à l'étranger. Les New-Yorkais, pour brutaux. Dans les deux cas, c'est un malentendu culturel.
Un New-Yorkais ne vous regardera pas quand il vous croise. Il ne vous tiendra pas la porte. Il vous bousculera dans le métro et ne s'excusera pas. Et si vous restez planté au milieu du trottoir pour regarder une façade, il vous contournera avec une expression qui ressemble à du mépris.
Sauf que ce n'est pas du mépris. C'est autre chose.
J'ai mis plusieurs semaines à comprendre. Les New-Yorkais ne sont pas impolis. Ils sont présents. Totalement absorbés dans ce qu'ils font, dans où ils vont, dans qui ils sont en train de devenir. Leur attention n'est pas dispersée sur les inconnus qu'ils croisent parce qu'elle est concentrée, entière, sur leur propre trajectoire.
Quand vous aurez besoin d'aide, vraiment besoin, vous verrez l'autre visage. Celui qui s'arrête pour vous expliquer le chemin avec une patience inattendue. Celui qui vous offre sa place dans le métro parce qu'il a vu que vous portiez trop de sacs. Celui qui engage la conversation sur le quai à deux heures du matin et vous raconte sa vie comme si vous étiez amis depuis toujours.
Les New-Yorkais ne font pas de politesses de surface. Mais quand ils donnent, ils donnent vraiment.
Le temps qui s'accélère
Voici ce que personne ne vous dit: vous allez changer.
Pas à cause des musées ou des spectacles ou des restaurants. À cause du rythme. À cause de cette façon qu'a la ville de vous prendre par le col et de vous entraîner, de vous forcer à décider plus vite, à marcher plus vite, à répondre plus vite quand le vendeur de bagels attend votre commande et que la file derrière vous s'impatiente.
Au début, c'est épuisant. On se sent lent, maladroit, toujours en retard d'un temps sur les autres. Et puis quelque chose bascule. On commence à anticiper. À sentir le rythme. À comprendre quand traverser, quand attendre, quand prendre sa place.
Ce n'est pas du stress. C'est une forme d'éveil.
Je me souviens du moment où j'ai réalisé que j'avais changé. Je marchais sur la Cinquième Avenue, je répondais à un message sur mon téléphone, j'évitais les passants sans les regarder, et je me suis soudain demandé: depuis quand je sais faire ça?
New York vous apprend des choses sur vous-même. Des choses que vous ne saviez pas vouloir savoir.
Ce qu'il faut vraiment préparer
Oubliez les listes de restaurants. Vous en trouverez des centaines, et les meilleurs seront ceux sur lesquels vous tomberez par hasard.
Oubliez l'itinéraire parfait. La ville vous le volera dès le premier jour, et c'est tant mieux.
Ce qu'il faut préparer, c'est plus simple et plus difficile à la fois.
Préparez vos pieds. Marchez beaucoup avant de partir. Choisissez des chaussures confortables, vraiment confortables, pas celles qui sont jolies mais que vous pouvez supporter « quelques heures ». Vous allez marcher. Plus que vous ne l'imaginez. Et vos pieds vous raconteront l'histoire de chaque journée.
Préparez votre forfait téléphone. Vérifiez que vous avez de la data aux États-Unis. Vous aurez besoin de Google Maps, de traducteur, de Citymapper pour le métro. Être connecté, ici, ce n'est pas un luxe; c'est un minimum vital.
Préparez votre ESTA à l'avance. Un mois avant, pas trois jours. Les délais se sont rallongés, et le site officiel est le seul qui compte. Méfiez-vous des autres.
Préparez votre humilité. Acceptez que vous ne comprendrez pas tout. Que vous ferez des erreurs. Que vous vous tromperez de ligne de métro, que vous commanderez quelque chose que vous n'aviez pas prévu, que vous vous retrouverez perdu dans un quartier dont vous ne connaissiez même pas l'existence.
Et préparez-vous à aimer ça.
L'essentiel, au fond
Ce que j'aurais aimé qu'on me dise, avant mon premier New York, tient en peu de mots.
Cette ville ne vous attend pas. Elle ne se soucie pas de vos attentes, de vos listes, de vos itinéraires soigneusement préparés. Elle existe, immense et indifférente, et c'est à vous de trouver votre place.
Mais si vous acceptez ce contrat, si vous vous laissez bousculer, perdre, transformer, alors quelque chose se passe. Quelque chose que tous les guides du monde ne peuvent pas vous expliquer.
Vous commencez à comprendre pourquoi huit millions de personnes ont choisi de vivre ici. Pourquoi certains ne repartent jamais. Pourquoi d'autres reviennent, encore et encore, comme si la ville avait quelque chose qu'ils n'arrivent pas à trouver ailleurs.
New York ne vous donnera rien. Mais elle vous montrera tout ce que vous êtes capable de prendre.
C'est peut-être le seul conseil qui compte: allez-y prêt à recevoir ce que vous n'aviez pas demandé.
Cette préparation intérieure, cette disponibilité au changement... c'est exactement ce que j'explore dans New York, Mon Éveil. Comment une ville peut vous révéler à vous-même.